L'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique se sont installés au cœur des directions des ressources humaines : suivi de la performance, attribution des tournées, jusqu'aux décisions de licenciement automatisées. L'analyse vocale et émotionnelle dans les centres d'appels, le comptage des pas des préparateurs en entrepôt, les métriques de contribution des développeurs et les analyses commerciales issues du CRM ont donné naissance à ce que l'on nomme désormais le management algorithmique.
Nous examinons ci-dessous comment les entreprises peuvent déployer ces technologies en restant conformes au droit turc du travail et à la loi sur la protection des données personnelles (KVKK), et quelle exposition juridique naît du dépassement des limites.
La place du management algorithmique en droit du travail
Le pouvoir de l'employeur de donner des instructions, d'organiser le travail et d'attendre une amélioration de la performance s'appelle le pouvoir de direction. Mais lorsque l'entreprise s'appuie sur un algorithme pour opérer des retenues sur salaire ou ouvrir la voie à un licenciement, ce pouvoir connaît des limites.
Le volet protection des données
Les employeurs supposent souvent que, le matériel et les logiciels appartenant à l'entreprise, la surveillance serait sans limite. Les données de performance électroniques sont des données à caractère personnel.
L'encadrement des décisions automatisées
L'article 11/1-g de la loi sur la protection des données constitue la principale limite au management algorithmique. Il reconnaît à toute personne le droit de s'opposer à un résultat produit à son détriment par la seule analyse de systèmes automatisés.
La preuve dans le contentieux du licenciement
L'insuffisance de performance constitue un motif valable de licenciement au sens de l'article 18 du code du travail ; ce n'est pas un motif de rupture immédiate pour faute. Un licenciement prononcé sur ce fondement laisse donc intacts les droits du salarié à l'indemnité de préavis et à l'indemnité d'ancienneté. Ce que l'employeur cherche à obtenir n'est pas d'échapper à ces indemnités, mais que le licenciement soit jugé valable et que la demande de réintégration soit rejetée. Négliger cette distinction conduit à bâtir la défense sur une base erronée dès l'origine.
Lorsque la validité est discutée, la preuve principale sera souvent le journal généré par le logiciel.
Recommandations pour les organes de direction
1. Lorsque des algorithmes évaluent le personnel, les paramètres et indicateurs doivent figurer dans une politique écrite de management algorithmique communiquée aux salariés. Chacun doit savoir quels scores emportent des conséquences.
2. Les logiciels de surveillance d'écran installés sur les postes de travail, au bureau comme à domicile, doivent être signalés de manière visible à l'utilisateur pendant la session.
3. Ne confiez jamais à l'automatisation le pouvoir de licencier ou d'infliger seule des sanctions pécuniaires. L'algorithme a vocation à rester un outil d'aide à la décision.
Cet article reflète les risques généraux liés à la numérisation des politiques de ressources humaines et ne constitue pas une feuille de route juridique propre à une organisation déterminée.
Dernière mise à jour : 10 août 2026.
